Chronique Musique : Light Upon the Lake (Whitney)

Whitney
Whitney

 

8,0

 

Une introduction brève. Whitney, ça vient de Chicago. Whitney c’est Julien Ehrlich (Unknown Mortel Orchestra) et Max Kakacek (ex-Swith Westerns)

Et sinon ?

Et bien sinon, cela me fait penser à un coucher de soleil au-dessus du pont de San-Francisco. Whitney, ça sent le soleil et la brise légère. Whitney, ça me fait penser à des déjeuners sur l’herbe à l’ombre de pins majestueux trônant au milieu d’un parc immense. Whitney, surtout, cela sent les années 60 et 70. En somme, c’est hyper-bien. De la folk délicate, une voix simple et quelques guitares, des mélodies entêtantes.

Whitney, c’est sincère, c’est frais.

Whitney c’est anachronique.

Whitney m’a rincé des salissures de The Kills (chronique).

Alors écoutez Whitney. Si vous avez besoin de soleil, écoutez Whitney. Si vous voulez sourire un peu, écoutez-les encore. Si vous aimez Belle and Sebastian, Simon and Garfunkel, Allah-Las, écoutez-les toujours.

Une mention spéciale pour  Red Moon, ovni jazzy de fin de disque assez dingue.

 

 

 

 

 

Chronique Littérature : Mariage en douce , Gary et Seberg ( Ariane Chemin )

Romain Gary et Jean Seberg
Romain Gary et Jean Seberg

 

8,2

 

J’avoue une fascination pour Romain Gary. Pour les Romain Gary en fait.  Né en Russie, immigré français, combattant de la France Libre, diplomate, écrivain aux deux prix Goncourt, homme à femmes, ce personnage complexe et exceptionnel peut, à juste titre, nous faire sentir bien petit. Car cet homme était tout cela, mais bien plus encore. Mystérieux, joueur, amateur de duplicité, brouilleur de pistes, ombrageux, flamboyant, tragique, j’oublie des qualificatifs, en toute conscience. Car toutes les étiquettes que j’apposerai seront erronées, son image est mobile, son image est floue. Et c’est mieux comme cela. Entrez dans ces romans, entrez dans son œuvre, vous serez transformés et bouleversés, comme je l’ai été, par La Promesse de l’Aube, La Vie devant soi, La nuit sera calme, tous les autres évidemment.

Venons-en au fait.

En trois mots, ce livre est délicieux.

Ariane Chemin nous conte  une histoire incroyable, celle du mariage de Romain Gary et de Jean Seberg. Si vous voulez, le fait même de cette rencontre est difficilement imaginable. Car qui étaient Jean et Romain ? Deux immigrés, deux déracinés, deux presque-divorcés, deux êtres à la sensibilité exacerbée qui échangent un regard à Los Angeles et qui ne se quitteront plus. Que fait Ariane Chemin dans cet ouvrage ?  Elle décide de remonter au mariage. Je ne dis pas à la source. Car ce mariage n’est pas le début, ni même l’acmé, ce mariage est déjà le début du déclin. Dans ce moment étrange, planent sur ce couple rocambolesque et fantasque les fantômes d’un échec annoncé. Et à partir de ce moment choisi, la journaliste choisit de dérouler le passé et le présent, qui s’entremêleront tout au long du livre, par petites touches. C’est simple, on dirait du Monet. Vous verrez Jean, et vous verrez Romain. Vous les verrez ensemble, et vous les verrez séparés. Vous les suivrez de la Rue du Bac aux plateaux de tournage. Vous les débusquerez sur les routes corses et dans leur hôtel miteux.  Vous apercevrez la mauvaise humeur de Romain, la détresse de Jean. Vous rirez de leurs traits d’esprits, vous serez déçus de leurs coups d’éclat. Et enfin, vous verrez Jean, inanimée, sur les sièges de sa Renault.  Romain, lui, dans son lit, avec son pistolet et sa lettre devenue célèbre.

Et c’est tout le 20ème siècle que vous embrasserez. De la société intellectuelle germanopratine aux voyous corses à l’ancienne, en passant par des secrets bien gardés au fond des maquis ou sous les ors d’un Élysée gaulliste vieillissant et roublard. De la première femme de Gary baignant dans la bonne société anglaise au fourmillement d’un Los Angeles à ses débuts avec un coup d’œil en direction de la lutte pour les droits des noirs aux Etats-Unis.

Ce livre est empli d’anecdotes, de personnages haut en couleurs, de petites histoires dans la Grande. Cette enquête est délicieuse, légère, drôle, profonde et passionnante. C’est délicat, à la hauteur du sujet. De l’admiration un peu, de la justesse partout.

Alors merci Ariane Chemin pour ce beau livre.

Et Adieu Gary.

 

 

Chronique Musique : The Kills ( Ash and Ice )

The Kills
The Kills

6,0

 

Non ce n’est pas nul.
Mais j’ai eu du mal.
Je m’y suis repris à plusieurs fois.

Je n’y arrivais pas. Les écouteurs me tombaient des oreilles. J’ai essayé en commençant par le début, puis ai débuté par la fin, me suis résolu à prendre des chansons comme cela au hasard. J’ai essayé Lundi, Mardi. J’ai essayé dans le tram, chez moi tranquille, dans mon canapé, sous la douche. J’ai essayé de bonne et de mauvaise humeur. Rien n’y faisait. Mais je me disais: il faut en parler quand même ! Ce sont les Kills !
Je crois que j’ai réussi, enfin.

C’est du rock, voilà. Mais du rock sage, hein. Du rock bien propret. Ça remue, mais pas trop. Ça décoiffe sagement. On s’excite tranquille. Je me suis renseigné quand même, il paraîtrait qu’ils faisaient du punk et du garage. Ça devait être avant.
Là, de chouettes mélodies, des guitares qui font rock, une voie sexy parfois, agaçante à d’autres moments. Des ballades aussi. C’est joli. C’est bien arrangé.
Mais c’est chiant.

A certains moments, je me suis pris à m’enflammer un peu sur une mélodie entraînante, un mini-solo de guitare, avant de constater, surpris, que la fièvre était retombée en quelques secondes. J’étais déçu, forcément. The Kills, ils sont jeunes non ? A leur âge, d’autres jeunes maintenant vieux faisaient du rock comme ils respiraient, pour crier leur rage, pour tout envoyer péter.

Qu ‘est-ce qu’ils se disent eux ? Je ne le sais pas.

Peut-être :

  » – Ouais !  On va faire les mêmes morceaux que ceux qui sortent depuis 10 ans !

  » – Tu veux pas essayer ça, là c’est cool ?! – Non, non, c’est un peu chaud ça, laisse tomber. Pas trop farfelue la guitare. »

  » – Tu peux me lisser la voix un peu, je suis pas Iggy Pop non plus. « 

Voilà. Alors c’est bien, mais je ne peux m’empêcher à l’écoute de cet album de penser à un supermarché plein de vieux poussant leur chariot. C’est une image qui me vient, je ne sais pas pourquoi, je ne l’explique pas.

Si vous aimez le rock un peu tranquille, le rock qui ne vous écorchera pas trop les oreilles, vous pouvez écouter. Mettez un morceau en soirée, les gens seront contents, mais je vous mets au défi de l’écouter plus de deux fois. Je le sais, je l’ai fait, j’ai ramé.

Et si vous aimez la bonne musique dans le genre, écoutez plutôt The Black Keys, il ne sont pas encore vendus, eux.

 

Chronique Musique : Hopelessness ( Anohni )

Anohni
Anohni

8,6

Ne l’appelez plus Antony. Accueillez Anohni. Changement de sexe, changement d’univers.

Liquidons une chose avant toute autre. Sa voix, magnifique. De la race de celles qui vous donnent des frissons ou vous extorquent des larmes, comme ça, sans explications, vous laissant penauds lorsque le silence se fait.

Pour le reste, fini le piano, les accompagnements lyriques, Anohni est descendu des limbes pour nous raconter le monde.

Et elle ne s’échappe pas.

Antony était romantique, précieux, délicat. Anohni est engagée, virulente, sans se départir de son élégance ou de son lyrisme. Peine de mort (Execution), réchauffement climatique (4 degrees), utilisation de drones (Crisis), mandat d’Obama (Obama), rapport à la nature (Why did you separate me from the heart) la chanteuse a perdu sa tendresse, est devenue politique.

Et la musique ? Et bien, accrochez-vous. Elle nous sort  une collaboration avec Oneohtrix Point Never. Oui, le surdoué de l´électro qui nous parle du chaos, du monde qui s’écroule, du mal et de la peur dans son dernier album, vertigineux et fondamental, Garden of Delete.

Et le miracle s’accomplit. Ambiance anxiogène, boucles virevoltantes, sons sourds et violents, lyrisme, arrangements millimétrés, ruptures de rythme brutales, montées affolantes. Et donc, la fameuse voix d’Anohni par-dessus tout.

Vous obtenez cet album puissant, magnifique, engagé, essentiel. Je ne m’en suis pas encore lassé, et n’ai pas fini d’explorer les confins de cet objet mystérieux, au clair-obscur déroutant et émouvant.

Bienvenue, Anohni.

You are our sister.

Chronique Musique : Songs for The Old Man ( Yom )

index

8,2

Il m’est difficile de me mouvoir.
Sur la plage, assis sur le siège pliable que j’emmène partout avec moi, le vent du large me souffle des senteurs d’iode et de poisson. En tournant la tête vers la gauche, je peux apercevoir les roches ocres se glisser lentement dans l’eau lisse et bleue.

Je suis vieux déjà, mes enfants sont partis. Il me reste bien quelques proches disséminés en Europe, aux Etats-Unis, mais c’est loin. Et je suis fatigué.
La nuit est tombée, il est l’heure de rentrer. Avant cela, j’aimerais tant retrouver cette musique lancinante, douce et mélancolique qui me parvenait certains soirs d’été comme celui-ci. Mais peut-être n’était-ce que mon esprit malade qui me jouait des tours. Ni la montagne, ni les eaux ne parlent.

Nous sommes loin de la mer, pour sûr. Il est tard déjà, qu’est-ce que je fais là ? Dans ce bouge pourri au fond du bayou. Et j’ai bu trop de whisky, j’aurais dû rentrer à l’hôtel avec les autres.

Mais il faut dire qu’il ne m’avait pas menti ce mendiant. Lui et son pote, ils savent gratter. Ce n’est plus de la musique ce blues, ce sont des larmes à l’état pur qui viennent nous tremper, moi et les autres ivrognes qui m’entourent, paumés sirotant leur gnôle sur le haut comptoir en bois, devenu poisseux sous nos égarements. Et regarde-les les deux, ils sont amoureux, c’est une évidence. Ils ne se lâchent plus, ils s’éloignent et se rapprochent, on dirait deux serpents entrelacés. C’est étrange pour une guitare et une clarinette.

Le brouillard est encore là. Devant nous, dans la clairière, des hautes herbes recouvrent tout, on ne voit même plus les chiens. J’ai les bottes trempées par la rosée. Et toujours cette musique, d’où vient-elle, ce sont les arbres qui me parlent ou quoi ?

C’est un peut tout cela l’album de Yom.

À quoi bon une voix pour lui ?

Sa clarinette suffit. Amplement.  Tour à tour mélancolique, joueuse, perçante, joyeuse, virevoltante, elle vous portera un peu partout, de l’Orient au Midwest, en passant par le bayou et sa mangrove.

Oui du jazz. Du folk aussi. Du blues également. Évidemment, de la musique klezmer.

Mais surtout de la virtuosité, et une invitation au voyage, sur le globe et dans vos pensées.

Même si vous n’êtes pas très âgé, écoutez cependant ces chansons pour un vieil homme, elles sont magnifiques.

 

 

 

 

 

 

 

Chronique Musique : The Strokes ( Future Present Past )

THE-STROKES
The Strokes

8,8

 

 

 

 

 

J’étais de mauvaise humeur au moment de rentrer dans la rame de tramway. Wagon bondé, journée de travail chargée en prévision, vous connaissez cela. J’en suis sorti heureux. Je venais d’écouter quatre fois le dernier EP des Strokes.
Par miracle, je me suis soudain aperçu que le soleil brillait fort à travers les vitres sales et que les gens qui m’entouraient n’étaient peut-être pas si moches et bêtes.
Merci Julien.
Oui, merci Julien Casablancas.
Merci pour ta voix unique qui accomplit la prouesse de contenir rage et mélancolie.
Merci pour Dragqueen, avec son rythme énervé, ses guitares sales, sa lichette de synthétiseurs, son refrain qui m’a donné des frissons, ce petit couplet sexy en clôture.

Merci pour Oblivius, pour sa mélodie enjouée, ses guitares violentes, son petit air de Daft Punk surgi d’on ne sait où au détour d’un couplet. Oui vous savez : Aerodynamic, utilisée dans l’auberge espagnole, au moment où Romain Duris sort de boîte, la caméra tournant dans tous les sens, on voit flou comme Romain.

Enfin merci pour Threat of Joy, qui parachève cet EP plein de violence, de vie, de tristesse et de joie.

What side are you standing on ? nous demandes-tu.

De ton côté, définitivement.

 

 

 

Chronique Littérature : La voix sombre (Ryoko Sekiguchi)

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Ryoko Sekiguchi

 

9,0

 

 

 

 

 

 

Et quand je ne serai plus là, entendrez-vous encore ma voix ?

Et chers proches qui n’êtes plus là, où est passée votre voix ? Ai-je encore le souvenir de ta voix, cher grand-père ? Ta barbe, je la vois, mais ta voix, je ne l’entends plus.

Des photographies des êtres absents, chacun d’entre nous a déjà fait l’expérience de retrouver des photographies des êtres absents au fond de tiroirs poussiéreux, dans de vieux albums photos trop rarement ouverts.

 » Oh, je ne savais pas que Papy il était beau comme ça quand même !  »
Mais des voix ? En avez-vous en stock ?

Et qu’est-ce que la voix des êtres absents ?

Elle est au présent, nous dit Ryoko Sekiguchi. Elle est du présent resurgi du passé. Et cette voix ( en avez-vous déjà fait l’expérience ? ) vient nous percuter, nous les encore-présents, venue du passé, présent-passé qui nous revient, plus palpable que toute autre chose.

Et une voix qui vous réveille en pleine nuit pour vous apprendre la disparition d’une autre voix, celle de votre père, de votre mère, loin de vous ? Garderez-vous le souvenir de cette voix ? Ferez-vous confiance à cette voix qui vous annonce l’impensable ? Et la voix à l’autre bout du fil, était-elle tremblante au moment d’annoncer cette injuste disparition ?

Ce sont les questions que nous pose Ryoko Sekiguchi dans ce livre concis et magnifique. Avec cette suite de pensées sur la voix des absents, sur ce qu’il nous reste des disparus, l’écrivain nous livre un ouvrage émouvant et précieux.

Ma voix d’ailleurs n’est que très peu en mesure de retranscrire son talent.

Enregistrez les voix de vos proches, nous dit Ryoko.
Il est certain que je le ferai dorénavant.

Vous serez touchés et émus à la lecture de ce livre. Et n’ayez pas peur, ce n’est pas triste, c’est beau.

Votre voix m’est parvenue Ryoko Sekiguchi. Elle n’était pas sombre mais limpide, belle et originale.

Chronique Musique: Means (Fews)

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7,6 note

Qu’est-ce qui m’a pris ? J’ai écouté une suggestion de mon site suédois de streaming.

Sur la couverture de l’album, quatre types à la tête baissée devant un mur en briques. Ça donne envie. Je les connaissais pas, les loulous. Quelques recherches, ils semblent venir de San Francisco, de Grande-Bretagne, un peu de Suède. C’est flou. Leur musique, elle, hyper efficace. En résumé, guitares électriques, voix haut perchée, textes à l’allure mélancolique (j’ai pas trouvé les paroles mais ça doit parler de leurs copines, de la mort, tout ça).

J’en suis à la dixième écoute en trois heures, c’est bon signe. Mélodies entêtantes, rythme énervé, ça donne sacrément envie de danser. Ça donne envie d’être un ado de 18 ans à Londres, en virée à Camden avec ses potes sur de grosses mobylettes. Ça donne envie de blousons de cuir et de poses de beaux gosses avec des nanas anorexiques le long de la plage. Ça donne presque envie de s’être fait larguer pour être aussi tristes qu’eux. Côté références, on s’imagine qu’ils ont du écouter Interpol, Motorama, Foals. Donc, ce n’est pas mal.

En bref, écoutez ce très bon album de types plutôt peu connus, qui devraient à mon avis l’être d’avantage.

Ps: j’ai trouvé une photo ( de leur blog ici) sur laquelle ils ont l’air plutôt sympathiques: jeunes, avec des cheveux longs et du vin rouge.

J’ai oublié, ça me fait penser, écoutez Interpol, pas les derniers albums mais au moins Antics.

Chronique Musique : The Colour in Anything (James Blake)

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Note 9.1

On dirait du Caspar David Friedrich. La couverture de l’album, pas le son.

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Le personnage en quelques mots. James Blake est anglais, a 27 ans, et a révolutionné la musique électronique depuis son premier album sobrement appelé James Blake. Deuxième album frôlant la perfection avec Overgrown.

Chef de file d’une musique électronique dubstep et minimaliste, combien se sont frayés un chemin derrière lui sans jamais l’égaler ?

On savait que ça allait arriver un jour, le voilà. Son troisième album! Par surprise, on ne peut pas dire que nous l’ayons vu venir celui-là. Pas de teasing, pas de chansons habilement distillées sur les réseaux sociaux, pas de disparition surprise de toutes les plateformes.

Et alors ? Alors, c’est magnifique. Morceaux d’une précision chirurgicale, richesse incroyable des arrangements, montées qui nous laissent comme des idiots, hagards au bord du chemin. Et quelle voix que la sienne. Cristalline, pure, émergeant sans crier gare des nappes électroniques, nous transperçant le cœur et l’âme. Caspar n’est peut-être pas si loin. Côté ambiance, c’est lancinant, c’est angoissant, c’est beau. Avec James, il fait froid, il pleut, la forêt humide n’est pas loin, on a envie de se perdre dans la campagne humide ou de se retrouver en haut d’un gratte-ciel avec la ville bourdonnante à nos pieds. Seul dans tous les cas.

En résumé, avec cet album d’une maîtrise hallucinante, d’une beauté à couper le souffle, James Blake continue la construction d’un univers unique au-dessus, bien au-dessus des autres artistes de son époque. Le jeune homme frappe encore une fois fort et juste.

Mais écoutez plutôt l’album dans son intégralité, seul, avec un verre de rouge et votre déprime.

Chronique Musique : They Moved in Shadow All Together (Emily Jane White)

EJw

7,5

« They crested out on the bluff in the late afternoon sun with their shadows long on the sawgrass and burnt sedge, moving single file and slowly high above the river and with something of its own implacability, pausing and grouping for a moment and going on again strung out in silhouette against the sun and then dropping under the crest of the hill into a fold of blue shadows with light touching them about the head in spurious sanctity until they had gone on for such a time as saw the sun down altogether and they moved in shadow altogether which suited them very well. »

Je n’ai jamais réussi à lire La Route mais on peut dire que cet extrait de Outer Dark de Cormac McCarthy produit son petit effet. Emily (vous me permettrez de l’appeler Emily?) s’est inspirée de cette phrase pour le titre de son dernier album. Ça donne le ton.

Que retenir de cet album? Une voix déjà. Envoutante, délicate, sibylline. Et avec cela? De beaux arrangements, une simplicité et une épure admirables. On retiendra évidemment les très beaux passages à la guitare sèche et au piano, les petites mélodies de rien du tout qui surgissent comme ça, sans crier gare.

Je dois l’avouer et faire une pause, la folk m’ennuie, généralement. J’aborrhe presque les chansons délicates, les jeunes minets qui sortent à intervalles réguliers de leur bête trou de campagne avec leurs petites chansons et leur guitare, nous assénant de leur voix fluette des chansons poussives et sans ambition. Si vous êtes dans le même cas que moi, faîtes cependant un détour par cet album. Je me suis laissé prendre, je l’avoue. J’ai été touché et ému par les envolées lyriques d’Emily, par ses paroles sombres et sa délicatesse. Il m’a semblé à certains moments me trouver simple soldat sur le champ de bataille détrempé, jonché de cadraves ennemis, suivant la voix de cette déesse féérique.

Si vous voulez des points de comparaison, j’évoquerai en premier lieu Agnès Obel (Hands, Rupturing) et à certains moments PJ Harvey version Let’s England Shake. Pas la version (mais j’en reparlerai sûrement) musique du monde, Kosovo, Afghanistan et tout le tralala.

En bref, très bel album de folk aérienne, à écouter au chaud, sous sa couette, avec un thé. Et pour les garçons, placez-le pour draguer de jeunes femmes en robe à fleurs, avec des petites sandales, autour d’un verre de blanc, un soir d’été.